Tribune : « L’appel de 160 personnalités à dire “stop aux écrans vidéo publicitaires” »

Installés ces dernières années dans les rues, les métros, les gares, les centres commerciaux et les vitrines des magasins, jusque dans les stations-services et les toilettes publiques*, les écrans vidéo publicitaires envahissent notre quotidien. Les citoyens se trouvent ainsi soumis à une pression publicitaire croissante. A Paris, Lyon, Grenoble et partout en France, des citoyens et des élus se mobilisent pour limiter leur implantation. Les écrans publicitaires apparaissent comme une incohérence dans une société toujours plus marquée par l’urgence écologique, le gaspillage d’énergie et de ressources, et où la pollution lumineuse devient un réel motif d’inquiétude pour la biodiversité. En particulier, comment inciter les citoyens à faire des économies d’énergie lorsque l’on crée dans le même temps des dépenses énergétiques équivalentes à celles d’un foyer pour un seul écran**, pour une fonction bien éloignée de l’intérêt général?

Comment ne pas appliquer le principe de précaution lorsque les chercheurs sont de plus en plus nombreux à alerter sur les risques sanitaires liés aux écrans, en particulier pour les enfants? L’affichage numérique contribue à la surexposition aux écrans, responsable de troubles du sommeil et de l’attention, générant une surcharge cognitive au quotidien – quels que soient par ailleurs les choix éducatifs des familles.

L’affichage numérique et les technologies qui y sont associées ne sont pas sans risque, non plus, pour les libertés individuelles. Plus agressifs et intrusifs que les supports classiques, les écrans augmentent l’emprise de la publicité sur les individus (mémorisation accrue, interaction avec les données personnelles des smartphones, caméras identifiant l’âge et le genre, caméras thermiques vérifiant le nombre de vues…).

Enfin, alors que les campagnes de sécurité routière insistent sur le maintien de l’attention, l’installation d’écrans à proximité des voies de circulation, aux carrefours et sur les axes les plus fréquentés – qui maximisent le nombre de vues – constitue un nouveau risque accidentogène.

Nous pensons que la ville de demain doit offrir un cadre de vie apaisé qui contribue au bien-être de tous, préservé des multiples sollicitations commerciales, laissant place au rêve et à la rencontre.

C’est pourquoi nous demandons que des mesures soient prises contre la prolifération des écrans vidéo publicitaires ; que ceux qui sont situés dans les vitrines des magasins soient intégrés à la législation concernant l’espace public afin de réguler leur implantation ; que les règles encadrant l’installation des écrans publicitaires dans l’espace public soient renforcées et que de nouvelles règles soient fixées concernant les transports en commun et les espaces accueillant du public (centres commerciaux, toilettes publiques, gares, métro…).

Dans le contexte des élections municipales et au-delà, nous appelons les élus locaux à ne pas céder à la pression des entreprises commercialisant ces supports et à prendre des décisions courageuses pour limiter ou interdire l’implantation d’écrans publicitaires dans l’espace public, comme le permet la jurisprudence actuelle et en accord avec l’opinion exprimée par les citoyens lorsqu’ils sont interrogés à ce sujet.

Fabien Gouttefarde

Député de l'Eure

Pin It on Pinterest