Tribune : « Le climat, un enjeu de sécurité nationale »

Ce jeudi 27 juin, l’Assemblée nationale a voté l’urgence écologique et climatique. Si la canicule qui frappe le territoire national nous donne un avant-goût des conséquences du dérèglement climatique, c’est plus encore l’existence de risques majeurs pour notre sécurité nationale qui nous inquiète.

En effet, la raréfaction des ressources naturelles est démultiplicatrice de crises. Rappelons-nous que la sécheresse, qui a frappé la Syrie de 2006 à 2011, a contraint de nombreux paysans à abandonner leurs terres, puis à prendre les armes. En moins de 10 ans, la Syrie est devenue un pays exsangue, formant une base arrière du djihadisme international. S’en est suivi également un exode de 5 millions de réfugiés, mettant à rude épreuve la cohésion européenne. Et ce n’est qu’un début car les experts de l’ONU estiment à 200 fois plus le nombre de migrants climatiques dans le monde d’ici 2050, soit 1 milliard de personnes ! Cette situation posera des défis humanitaires et sécuritaires considérables voire insolubles.

Autre exemple en Arctique, où le recul spectaculaire de la banquise suscite d’ores et déjà un regain d’intérêt pour ses ressources énergétiques potentielles, ce qui ne manquera pas de la transformer en nouveau théâtre d’affirmation de puissances. Ce patrimoine naturel commun devra être défendu.

Face à ces évolutions, les institutions de Défense, et les Armées en particulier, sont directement concernées. Elles doivent d’abord évaluer les conséquences de ce dérèglement climatique, en prenant en compte les hypothèses les plus sombres, afin d’éclairer les décisions nationales. Le ministère des Armées a cette capacité de se projeter à horizon 2070, date à laquelle les grands équipements qu’il conçoit actuellement seront encore en service. A partir de leurs capacités prospectives, les Armées sont donc les plus crédibles pour confirmer que des situations catastrophiques « là-bas » auront des effets très difficilement gérables « ici ». D’ores et déjà, un observatoire « Défense et climat » a été mis en place au ministère des Armées.

Et parce que le pire est encore évitable, les Armées doivent également, comme tout acteur de la nation, intensifier leurs efforts en matière de lutte contre le dérèglement climatique, sans préjudice sur leurs capacités opérationnelles. Des premières actions ont été lancées en matière de développement durable, de la déconstruction de navires à l’écoconception des équipements de défense.

D’ailleurs, les démarches de développement durable contribuent parfois utilement à la capacité opérationnelle. En opérations, la dépendance aux carburants limite les capacités de projection et expose les convois de ravitaillement à des risques importants. Recourir à la motricité électrique permet, par exemple, d’améliorer la furtivité de nos forces. C’est pourquoi, l’énergie solaire est en 2019 l’une des trois priorités d’innovation de l’armée de Terre. La France, en pointe sur le sujet, est chef de file d’un projet européen sur la « fonction énergie opérationnelle », financé par des fonds européens. Nul doute que toute avancée technologique portée par le besoin militaire aura des applications civiles et inversement. La bataille pour le climat et la bataille pour la paix ont donc des ressorts communs. A nous de savoir intelligemment cumuler ces énergies !

Les enjeux de Défense ont, depuis toujours, constitué de puissants moteurs de mobilisation individuelle et collective. Notre sécurité nationale nous impose désormais de mener tous ensemble un combat déterminé contre le dérèglement climatique car agir pour le climat, c’est aussi agir pour la paix !

Fabien Gouttefarde

Député de l'Eure

Pin It on Pinterest