Tribune : « Soyons européen autant par pragmatisme que par idéalisme »

Trois crises fragilisent depuis une dizaine d’années les piliers de la construction européenne : une crise de la convergence économique depuis 2008, une crise de la solidarité autour du sujet des migrants et une crise de l’unité européenne avec le Brexit. Les tensions internes à l’Union, nées de ces crises, masquent dramatiquement l’urgente nécessité de son renforcement.

Comme le souligne le sociologue Bruno Latour : « L’Europe est seule, mais seule l’Europe peut nous sauver. » Une Europe refondée, mais une Europe plus intégrée, dont les principes de subsidiarité s’appliquent plus largement, c’est-à-dire des politiques communes où la plus-value est évidente et le reste, à la charge des États membres. Une Europe unie à l’extérieur et diverse à l’intérieur. En somme une Europe souveraine.

 

L’EUROPE DES EURO-FERVENTS

À quelques jours des élections européennes, de trop nombreux partis au pouvoir en Europe considèrent que l’on peut fonder une démocratie en faisant l’impasse sur les libertés. L’alternative politique entre le progressisme porté par la liste Renaissance et les conservatismes populaires n’est pas un choix artificiellement construit par le camp du progrès, mais une contrainte qui s’impose à nous.

Au sein même de l’Union, plusieurs gouvernements ont une conception de la démocratie « illibérale », qui n’est pas autre chose qu’une remise en question des principes fondamentaux de l’état de droit. « Le vrai état de droit en Europe, c’est l’identité européenne et cette identité est menacée par les musulmans », déclare ainsi le représentant hongrois au sein du Conseil des ministres de l’Union le 12 novembre 2018.

L’Europe a été construite par des euro-fervents jusqu’au début des années 90. Elle s’est défaite à partir du moment où les partis européens ont perdu. On a détruit depuis l’ambition européenne, celle de faire renouer les peuples européens avec la grande Histoire.

 

IL FAUT RÉINCARNER L’EUROPE

Dès lors, il nous faut réincarner l’Europe. Mettre des visages sur notre monnaie, inscrire le projet dans l’espace et le temps, et donc fixer une limite géographique à notre Union, passer d’une identité trop souvent abstraite à une structure sensible, personnifiée, protectrice et tangible. Tout ceci est à portée de main, qu’on en juge aux réactions européennes à l’incendie de Notre-Dame de Paris. Donald Tusk, le président polonais du Conseil européen, a affirmé à cette occasion : « Nous sommes liés par quelque chose de plus profond et de plus important que les traités et aujourd’hui nous en comprenons mieux l’essence ». Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien, a parlé quant à lui de « coup au cœur, pour nous tous, Européens ».

 

UN PROJET POUR L’EUROPE

Mais telle la cathédrale, ce que l’on croit perpétuel, immuable, peut s’effondrer et disparaître à jamais. C’est aussi le cas de la construction européenne. L’acquis européen est très important, mais il faut le faire vivre. Et c’est peu dire que les 24 députés européens du Rassemblement national élus en 2014 n’ont rien fait pour l’Europe et nos concitoyens. Nous voulons proposer un projet pour l’Europe et non une « simple » pédagogie de l’Europe. Comme dans le cadre des États nations, l’Europe connaît une crise du résultat en politique. Dans l’Europe des 28, c’est un combat permanent de faire avancer les choses. Pourtant, le président de la République a réussi à le faire sur les travailleurs détachés, les droits voisins, le glyphosate ou encore la prise en compte des questions écologiques dans les traités de commerce bilatéraux.

Il faut aller encore plus loin. Aller vers une convergence fiscale et sociale de nos économies, vers une harmonisation des conditions de l’asile assortie d’un contrôle plus efficace de nos frontières extérieures, vers la réaffirmation de l’application de l’Accord de Paris sur le climat pour que l’Europe soit résolument identifiée comme le leader climatique au niveau mondial, vers un Smic dans chaque pays de l’Union correspondant à 50 % du salaire médian de chaque État, vers un « Buy European Act » permettant de réserver l’accès aux marchés publics européens aux entreprises qui localisent au moins la moitié de leur production en Europe. Enfin, favoriser l’émergence de l’euro comme monnaie de facturation du commerce mondial et monnaie de cotation des matières premières.

 

RETROUVER « L’AFFECTIO SOCIETATIS »

La crise que connaît notre pays depuis maintenant plusieurs mois est une crise de l’appartenance au projet politique et au corps social. Mais le demos se retrouve fragilisé dans nombre de pays autour de nous. Comment s’étonner alors que l’affectio societatis européen, cette volonté d’union et cette convergence d’intérêt des membres de l’Europe s’érodent jusqu’à favoriser les « exiters » de tous les pays. Ces derniers souhaitent détricoter patiemment le projet d’une Europe « sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Pourtant, l’Union à 28, c’est 7 % de la population du globe, 22 % du PIB mondial et près de 50 % des dépenses sociales mondiales ! Un modèle à ce point attractif qu’il attire vers lui des millions d’êtres humains, touristes et migrants. Mais cet enthousiasme de l’extérieur à l’égard du projet européen est inversement proportionnel au peu d’attachement des peuples de l’intérieur. À son tour, la raison invite à défendre le projet européen, qui s’avère être le niveau pertinent face à la montée des enjeux transnationaux. Les défis communs que sont notamment la transition écologique, la lutte contre le terrorisme, la défense de nos préférences collectives dans le commerce mondial sont autant de défis partagés qui nécessitent des ressources communes.

« L’abîme de l’Histoire est assez grand pour tout le monde », disait Paul Valéry en 1919. Alors que nous fêterons bientôt le 75e anniversaire du Débarquement, la Normandie se souvient du tribut qu’elle a payé du fait de la division de l’Europe. N’y retombons pas. Le 26 mai 2019, votons pour la liste Renaissance afin de redonner un second souffle à la construction européenne. »

Fabien Gouttefarde

Député de l'Eure

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